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Extrait d'une pièce de théâtre polyphonique.
Inspiration : thème de violence abordé durant le cours d'écriture. 
Photographie : autoportrait avec Iphone.
Date de création : Automne 2020 dans le cadre d'un cours d'écriture dramatique, retravaillé en 2021 pour la soumission à un concours. 

Trigger warning : exploration d'un combat intérieur suite à une agression sexuelle, langage vulgaire.

Sibérie et intimes

Mise en contexte de l’extrait : Une jeune femme et ses émotions sont en conflit suite à l’agression sexuelle de celle-ci. Elles sont dans sa chambre, tout est blanc et glacial. Elle tente de survivre mais comment...

 

HAINE

Défoncer sa face avec mes pieds.

 

PEUR

Je le sens...

 

HONTE

J’avais juste à me débattre plus fort.

 

PEUR

...encore sur moi, ses mains...

 

HONTE

...sur mes poignets...

 

HAINE

...son regard planté dans le mien...

PEUR

...il...il...

 

HONTE

...il arrête pas...

 

HAINE

...il sourit.

 

Un tremblement fait tomber des flocons et les ecchymoses de la jeune femme. Elle s’aggripe au lit. Les émotions tentent de garder pied. Silence.

 

LA JEUNE FEMME, soupir

Encore, ça arrête jamais.

 

Elle ramasse les bleus, verts, mauves et recommence son travail. Les émotions se regardent, muettes, puis d’un seul coup, elles se mettent à parler en même temps.

PEUR

J’aime pas ça. C’est envahissant, paralysant. Ça commence dans ma tête et ça descend derrière mes yeux, dans ma gorge, ça m’étouffe. Y’a même plus de place pour que je respire. Il est toujours là, à essayer d’entrer en moi par ma bouche, mes oreilles, ma peau...

 

HAINE

J’ai envie de rentrer mes ongles dans mes paumes jusqu’à ce que mes doigts cassent. J’ai envie de crisser son char en feu, de casser toutes les fenêtres de sa maison, de l’immoler devant chez ses parents. Je crierai jamais assez fort. Je veux qu’il m’entende jusque dans ses os.

 

HONTE

J’veux découper toutes les parties de mon corps qu’il a regardé, touché, apprécié, dévoré, souillé. J’veux me perdre dans l’eau javel. J’veux peler ses traces de mains hors de moi. Vendre ma peau et jamais en remettre une. J’veux juste disparaître.

PEUR, HAINE, HONTE, soupir

C’est comme mourir et restée prise dans son cadavre. T’es obligée de vivre, de faire semblant que ça va, parce que tu veux pas répondre à leurs questions. Faire semblant que tout est normal, que la nuit quand tu fermes les yeux, t’es pas en train de revivre seconde par seconde ton calvaire, ta malédiction. Faire semblant que t’as pas l’impression que ses mains parcourent ton corps, encore et encore quand tu marches dans la rue.

 

PEUR

Faire semblant que même marcher dans la rue, ça te fais pas peur.

 

PEUR, HAINE, HONTE

Ferme la porte, va te coucher, ferme la fenêtre, tu vas geler, ferme tes yeux, arrête de pleurer, ferme ton corps, arrête de crier.

HONTE

Je sens plus rien à part son poids sur mon corps. Étrangle-moi pour de bon, finis-en! Arrache-là ma peau! Arrache mes seins, mon ventre, mes cuisses! Déchire-moi, frappe-moi! J’peux pas vivre comme ça.

La jeune femme n’en peut plus. Elle fait les cents pas, elle est prise dans la pièce. Elle arrache le rideau de sa fenêtre et se met à le déchirer en lambeaux.

 

 

Fin de l’extrait.

Les animations de ce site ont été créées à partir d'Adobe Fresco.

Angoisse Anonyme

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